Revue n° 20Mai 2014

De l'idéation à la mise en œuvre

Revue Vies de Villes  n°20
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Alger, une métropole à très haut potentiel.

(page n°12, 03 pages)

Le marché International des Professionnels de l’Immobilier (MIPIM) réunit les acteurs ainsi que les lobbys les plus influents de tous les secteurs du bâtiment (bureaux, résidentiels, commerces, santé, sport, logistique…).
Considérant que la compétition féroce dans un monde globalisé impose aux métropoles une constante adaptation, les initiateurs de cette rencontre annuelle se posent en chantres de la globalisation et considèrent que de vastes alliances économiques internationales (UE, Asean, Mercosur) peuvent aider les grandes villes à se départir du contrôle de leurs états respectifs. Un point de vue défendu par Jacques Attali qui affirme dans la dernière publication du MIPIM que « …les (hyper) métropoles finiront par supplanter les états».
Véritable salon dédié aux capitaux étrangers, le MIPIM établit ainsi une carte des opportunités actuelles et futures des villes et propose à ses investisseurs un accès inégalé aux plus grands projets de développement immobiliers. Dans ce cadre, et à l’occasion du 25ème anniversaire du MIPIM, La société d’édition EUROCOM qui s’intéresse aux problématiques des villes, a éditée, en collaboration avec Reed-Middem organisateur du MIPIM, un ouvrage spécial d’une excellente facture, celui-ci décrit les projets en cours dans 25 grandes villes à travers le monde. Ce livre a été distribué à 10000 exemplaires à l’ensembles des participants de ce grand salon.
La ville d’Alger dans le cadre de son Plan Stratégique à l’horizon 2029 a été choisi pour être présentée parmi 25 grandes villes du monde qui recèlent le potentiel de développement le plus fort. Une présence inattendue, puisque notre pays n’a jamais participé à cet évènement international, le plus grand rendez-vous d’investisseurs dans le monde. Cela a quand même le mérite de nous changer des classement habituels où Alger est souvent très mal classée.

Les critères de sélection des 25 villes présentées dans cette ouvrage ont été explicites, il s’agit de critères objectifs qui potentiellement intéresseraient tout investisseur :
• Les besoins existants nécessitant des investissements
• L’envergure des investissements actuels et futurs projetés
• L’émergence d’une classe moyenne comme facteur de croissance
• L’existence de projets urbains structurés et planifiés
• La sécurité fiscale, légale et politique des investissements
• La garantie du respect de l’environnement, de la culture et de la qualité de vie.

Le contexte de l’étude proposé
La dynamique économique urbaine des «global cities» constitue de nos jours le meilleur vecteur pour les opportunités d’investissements et correspond à l’évolution générale des géopolitiques globales. Dans un aussi large contexte de globalisation, ainsi que dans celui des vastes alliances internationales (UE, Asean, Mercosur), les villes se départissent de plus en plus d’un contrôle exclusivement national.
La réorganisation des investissements dans l’espace «globa » est aujourd’hui caractérisée par :
• Le renforcement de l’axe pacifique et l’extension du pacte atlantique.
• La concentration du développement européen autour de la «blue banana», le corridor européen reliant Milan à Londres en passant par Paris, Hambourg et la vallée du Rhin ;
• La consolidation du développement de l’Amérique Latine ;
• L’émergence progressive de l’Afrique, riche en matière première et son potentiel de développement.
Après avoir dialogué avec les acteurs locaux du développement de ces villes, les experts mandatés par Eurocom ont mis à jour ces critères et évalué leurs opportunités d’investissement.
Afin de rester attractives sur nombre de plans, les villes doivent donc recourir aux nouvelles technologies interconnectées afin d’améliorer le cadre de vie des populations.
Elles doivent également attirer des classes moyennes émergeantes, des élites hypernomades sans attache ainsi que des populations de travailleurs qui seront amenés à se mouvoir de ville en ville à la recherche d’un emploi.
Quels seraient donc les challenges de ces villes pour réussir le maintien de leur influence ?

1- Faire évoluer les territoires géo-économiques

Les métropoles concentrent les richesses et les activités, elles constituent les principaux vecteurs de la croissance économique de demain.
A l’instar de Londres, Mexico et Paris, les grandes métropoles mondiales constituent déjà des pôles de croissance nationaux. Abritant les sièges des multinationales, les centres financiers et décisionnels, ces villes organisées en réseaux ont réussi à étendre leur influence. Cette nouvelle interdépendance va peu à peu les sortir du giron de leurs propres nations respectives, à l’image de Singapour et de Dubaï qui se sont constituées depuis leur genèse en véritables «cités états» ayant grandement participé au développement de leurs pays.
Ce rôle a pour incidence d’accroître la concurrence entre des métropoles qui ne s’évaluent pas en fonction de leur potentiel touristique, mais plutôt en matière de conditions de vie et d’attractivité économique.

2- Devenir une ville qui compte dépendra de l’orientation des investissements entrepris par les métropoles face à de nouveaux challenges.

Les métropoles sont des champs d’expérimentation de nouvelles technologies basées sur les réseaux de communication, de transport et de collecte de données analysées. Des villes intelligentes qui offrent l’image d’un marché à fort potentiel, mais le problème est que ces même villes consomment les deux tiers de l’énergie mondiale et sont responsables des 70% des émissions globales de Co2. Villes côtières dans leur grande majorité, ces cités sont à la merci des bouleversements climatiques et doivent donc baisser leur taux d’émission de 15% à l’horizon 2020.

3- Les avancées technologiques et structurelles permettront une meilleure intégration des populations

La valorisation des périphéries urbaines de ces métropoles implique l’adoption de stratégies de développement qui intègrent les zones rurales et les valorisent, notamment par l’amélioration des conditions de vie des populations concernées. Ces stratégies peuvent être portées par les projets de développement des métropoles elles-mêmes par le biais de moyens de transport adéquats et d’opportunités d’emploi offertes aux ruraux, avec un impératif, le maintien des frontières entre villes et campagnes. L’urbanisation n’est dès lors plus un problème mais une solution.

Alger à l’épreuve des grandes transformations

La ville d’Alger, de par son histoire et son patrimoine architectural particuliers, ainsi par sa position stratégique en méditerranée, recèle le potentiel d’une grande métropole à même de constituer un pôle de développement national et régional.
Seconde ville en Méditerranée – après Barcelone – en termes de densité humaine, Alger a depuis l’indépendance du pays vu croître ses besoins et apparaître nombre de projets sans réelle cohérence ni vision prospective. Ainsi, si entre 2009 et 2014, le capital d’investissement public a atteint 15 milliards de dollars, 3 autres milliards y furent réservés à la l’amélioration de certains secteurs tels que l’alimentation en eau potable, les travaux publics ou la planification urbaine.
Le Plan Stratégique d’Alger 2029 est donc la dernière tentative en date de réconcilier la ville avec son histoire ancienne et ses besoins actuels. Un projet d’envergure qui s’applique à conférer une nouvelle apparence à la cité : à la régénérer afin d’en faire un méditerranéen et africain en relation avec le reste du monde.

Une capitale ouverte sur le monde
Cette approche qui consiste à faire d’Alger un «hub» reliant le monde et l’Afrique à la Méditerranée se fixe pour objectifs de générer de nouvelles formes de richesse, d’attirer les investissements étrangers et d’offrir des espaces de services à même d’ancrer le statut de carrefour. Amine Benaissa, l’assistant à maîtrise d’ouvrage du Plan Stratégique Alger 2029, considère en effet que « …la bataille du tertiaire en Algérie ne peut être vaincue qu’à Alger. Cette lutte peut aider à opérer la transition d’une économie basée sur les hydrocarbures vers une économie moderne ouverte sur le monde». Selon M. Benaissa «…le monde se dirige vers une zone de turbulences politiques, économiques et écologiques. Le problème étant la création de richesses, et la première chose à faire est d’innover…» Pour cet expert : «… la restructuration urbaine peut générer de nouvelles formes de richesses..»
Ce plan accorde donc une attention particulière à l’idée du développement de l’Algérie hors de la manne pétrolière et gazière, ce qui implique le développement du secteur des services. Le quartier d’affaire de Bab Ezzouar, les universités réalisées (les facultés de médecine et de droit) et la transformation des quartiers qui les entourent constituent un bon exemple de ces ambitions.
Afin d’atteindre ces objectifs, le plan s’appuie sur un certain nombre de lignes de conduite parmi lesquelles :
• Une cohérence territoriale entre les différentes politiques sectorielles ;
• Le bon usage fait de tous les investissements nationaux et internationaux ;
• Le besoin d’opérer des changements graduels, étape, par étape.
Semblable à un marathon, la transformation d’Alger apparait donc comme un travail de longue haleine que le Plan Stratégique développe sur 4 étapes (2009-2014, 2014-2019, 2019-2024, 2024-2029). Voir numéro spéciale «Vies de Villes» Juillet 2012 «Cinquantenaire : les projets qui transforment Alger».

Alger Ville monde ?

Aujourd’hui, la ville d’Alger a l’obligation de faire sa mue et d’accélérer la cadence de réalisation des grandes infrastructures de base prévues dans son plan stratégique 2029. Il nous faut rattraper le retard enregistré pendant de longues décennies.
Le grand intêret que porte les organismes internationaux aux projets de développement de la ville d’Alger est encourageant et tout à fait normal. Il faut cependant voir les choses en face, un grand flou demeure sur les intensions du gouvernement vis-à-vis de ce projet, les impressions qui se dégagent dans les déclarations de nos ministres tendent surtout à affirmer la force de l’Etat comme principal investisseur, que l’Etat veut tout faire, alors qu’il ne devrait plus, peut-être dans un avenir très proche, qu’encadrer l’évolution du projet et laisser place à une dynamique de croissance endogène, qui prend réellement naissance à l’intérieur de notre société. Des signaux forts sont encore attendus, mais disons qu’Alger est de toute façon sur le bon chemin pour devenir une destination incontournable dans le bassin méditerranéen.

25 villes à très fort potentiel de développement

Alger : Réconcilier la ville avec son pacte fondateur
Lagos : La mégacité de l’Afrique
Mexico City : à la recherche d’une identité
New York : La reine des villes monde
Rio de Janeiro : La merveilleuse cité en action
São Paulo : Une mégapole à couper le souffle
Bangalore : La Silicon Valley de l’Inde
Pékin : La mégapole centenaire
Gangzhou : La porte de la Chine
Hong Kong : Une ville monde que rien n’arrête
Kuala Lumpur : La post-modernité en action
Mumbai : L’interface majeur entre l’Inde et le monde
New Delhi : La porte de l’Inde
Seoul : L’ambitieuse
Shanghai : Une métropole chatoyante
Singapore : Une île, un model de succès économique
Tokyo : Atteindre le ciel
Wuhan : La cité expérimentale
Jakarta : Une capitale au bord de la congestion
Londres : Métropole pionnière
Moscow : Le grand pari
Paris : Réinventer le Grand Paris
Randstad : La métropole du Delta
Istanbul : La métropole de la connexion
Sydney : Une métropole attrayante

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